Les lendemains de Fête
Ce fut, à la fois, un projet exaltant et un long parcours, une explosion musicale et la poursuite d’une réflexion ; ce fut la rencontre d’un immense public, également attentif à Toulouse et à Strasbourg, à Tokyo et à Montréal ; ce fut une étape décisive dans la trajectoire d’une œuvre monumentale, et dans le dépassement des repères dûment répertoriés.
Bref, l’Année Messiaen ne fut pas la banale célébration d’un Centenaire, un rituel où s’enchaînent les hommages convenus. L’Année Messiaen, ce fut d’abord l’occasion de réentendre des partitions, historiquement inscrites dans notre modernité et cependant rarement affichées dans les programmes de nos concerts, telle cette Turangalîla-Symphonie qui, en son temps, alimenta mille polémiques et qui, aujourd’hui encore et au-delà du respect dont elle bénéficie, divise l’opinion - signe de sa vitalité. Ce fut l’occasion, pour certains, de découvrir des œuvres sans doute de moindre importance mais révélatrices, au sein de la multiplicité des chemins explorés, d’une formidable curiosité de l’auteur, tels les Quatre Etudes de rythme, le Livre d’orgue, ou encore ces brefs Timbres-Durées que Messiaen concéda au studio expérimental de Pierre Schaeffer. Et l’occasion donnée à ceux qui, allant de la fresque orchestrale aux grands cycles de piano et d’orgue, de reconnaître la permanence d’une esthétique, l’acuité d’une signature.
De plus, répondant aux objectifs fixés au départ, mais sans doute moins qu’on ne l’aurait souhaité, l’Année Messiaen a permis d’établir des correspondances : en témoignent notamment les rapprochements Mozart-Messiaen, Berlioz-Messiaen, Moussorgsky-Messiaen, Debussy-Messiaen – la confrontation Bruckner-Messiaen (du type « pâté d’alouette ») à laquelle certains ont sacrifié n’ayant ici guère de justification. Et correspondance avec les œuvres des héritiers où, là aussi, on aurait souhaité plus d’empressement, sinon de ferveur ; mais les disciples encore présents en notre monde, au premier rang desquels il convient naturellement de citer Pierre Boulez, se sont eux-mêmes ardemment manifestés. Faut-il ajouter que les responsables artistiques de Messiaen 2008 auraient aimé que les œuvres de ces musiciens qui apprirent à composer rue de Madrid, sous l’œil du maître, fussent davantage à l’honneur ? Nos partenaires firent leurs choix, et nous aurions mauvaise grâce à le leur reprocher, tant leur présence fut déterminante dans la réussite de la manifestation.
Cette manifestation fut nationale, encore que certaines institutions françaises firent, si j’ose dire, un « service minimum » - nous permettant, en quelque sorte et sur un autre plan, de rétablir le rapprochement Berlioz-Messiaen, les mal aimés de longue date de nos décideurs. Tout cela compensé par le formidable investissement, grâce aux hommes et femmes qui les animent, de plus modestes structures, telle l’association avignonnaise qui poursuit un long combat dans la ville natale de notre compositeur ou encore, mais la liste exhaustive serait trop longue, cette école de musique de Sarcelles, où nous avons rencontré une grande centaine d’élèves, de tous âges, à l’écoute d’une musique qui n’est évidemment pas leur pain quotidien… Moments privilégiés car largement inattendus ; au-delà de ces cas d’exception, et toujours à l’échelle nationale, il faut citer la très large programmation de l’Orchestre Philharmonique de Radio France, et aussi, dans le répertoire vocal habituellement peu fréquenté dans ce domaine, la superbe présence des jeunes chanteurs de l’Atelier lyrique de l’Opéra de Paris, au cours de la semaine coproduite par Messiaen 2008 et le Théâtre de l’Athénée.
Dans une époque où les références sont, à l’excès, quantitatives, il faut tout de même afficher nos résultats : quand toutes les manifestations seront répertoriées, on devrait pouvoir compter à travers le monde pour l’année 2008 près de mille cinq cents concerts où furent exécutées une ou plusieurs oeuvres de Messiaen - tous détails donnés sur le site internet que nous allons continuer à alimenter. Se sont ajoutées à cela des animations et des colloques afin d’ interroger les partitions au-delà des notes, des opérations pédagogiques, des expositions, de superbes éditions et ré-éditions discographiques et une abondante publication de livres sur Messiaen, l’homme et l’œuvre. Si secret, et malgré tout, toujours secret…
Les journalistes, presse écrite et radiophonique, ont constamment relayé l’information et contribué à donner un exceptionnel retentissement à la célébration. A nos partenaires financiers, officiels ou privés, dont les noms et les logos fleurissent sur notre site, va également toute notre reconnaissance. Mais, en première ligne, ce sont artistes qu’il convient de remercier et de féliciter : pianistes, organistes - sans omettre quelques formidables clarinettistes et violoncellistes croisée à l’écoute du Quatuor pour la fin du Temps - chanteurs (et chanteuses, surtout), chefs et musiciens d’orchestre.
L’année Messiaen est terminée ; l’effet Messiaen ne fait que commencer. Pas un culte figé dans le respect, mais une approche toujours vivante ; car nous n’avons pas encore épuisé les modèles que Messiaen nous a offerts, quelques mystères aussi qui seront un jour remis pour nouvel inventaire à notre postérité.
Claude Samuel
Délégué général de Messiaen 2008
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